Patrick Lissar : « Content de finir à Paris ! »

Une médaille d’argent olympique en 1992, sept championnats du monde Seniors assortis de cinq médailles, cinq coupes du monde et autant de médailles d’argent, deux finales aux championnats du monde Espoir, dix titres nationaux et onze finales en baline en trinquet… Même résumée, la liste des distinctions accumulées par Patrick Lissar est longue comme une partie de pelote sans deux murs.

Mais c’est une merveilleuse litanie qui mériterait certainement d’être citée in extenso tant ce monument de la pelote de 49 ans a marqué son époque. À la veille de son dernier match officiel, en finale du championnat de France de baline, dans le Trinquet de la Cavalerie, qui intervient trente ans après sa première finale nationale, perdue à la ZUP en 1987 contre Amadoz-Aguirre (40-38), Patrick a bien voulu nous accorder quelques instants pour analyser ce dernier rendez-vous et dresser un bilan juste avant la tombée du rideau. Avec la passion et la gentillesse qui le caractérisent.

On s’est laissé dire que c’était ta dernière année… C’est un rêve de finir sur une finale, non ? On ne peut pas faire beaucoup mieux pour terminer ?

Oui, j’arrête le championnat. C’est une décision personnelle et je suis très content de finir comme ça. On a gagné le championnat de ligue contre Suzanne-Fourré et on a réussi à aller en finale du championnat de France malgré un plateau très relevé, avec Suzanne-Fouré, les frères Pucheu, Bourrus/Lepphaille, les Parisiens…

Et puis je suis très content de finir à Paris, un trinquet que j’aime beaucoup. J’y ai joué pour la première fois en 1988, il y a 29 ans, lors du championnat du monde Espoirs. On y avait battu Cuba en poules. Ensuite, on avait réussi l’exploit de battre l’Uruguay en demies, mais au trinquet de la Ligue.

Ce serait encore mieux de finir sur un titre, mais tu vas jouer contre deux types que tu connais bien et qui ne te réussissent pas trop…

On les a battus en finale du championnat de France à Arcangues en 2011, mais depuis, on a perdu en 2012, 2013, 2015 et encore en 2016, à Chiquito de Cambo, où on a mené 8-4 dans la dernière manche. Ils ont fini par s’imposer 10-8. Denis (Bidegain) était un peu blessé, mais ça n’enlève rien à la victoire de Patxi et Peyo. Bref, ça fait quatre défaites en finale contre eux depuis 2011. Patxi est avantagé à la Cavalerie. Il fait monter les pelotes très facilement et il peut imposer son rythme. Mais je me prépare comme un fou pour ce match et Denis aussi.

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Denis Bidegain à la Cavalerie

Vous vous êtes joués en poules cette année et vous avez perdu 15/6 15/4. Qu’est-ce qui s’était passé ?

On était venus à Bordeaux faire deux parties ce week-end là. Une fois qu’on a gagné la première, on était qualifiés pour la suite, donc la partie avait moins d’enjeu et on a un peu lâché.

Comment vous l’avez préparée, cette finale, avec Denis ?

Denis est très motivé et il a posté une photo sur mon mur Facebook qui est géniale. C’est une photo de la finale du championnat de France 89-90 à Lourdes. On avait gagné avec Marco Lassalle contre le père de Denis. Sur le podium, je tiens Denis par l’épaule. Il a six ans à l’époque et on a l’impression que je ne veux pas le lâcher ! Je suis content du chemin qu’on a fait ensemble et de finir ma carrière avec lui.

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Patrick tenant Denis par les épaules en 1990

Est-ce que tu as suivi la demi-finale de Peyo et Patxi ? Ils ont perdu le premier set contre les Oloronnais Bourrus/Lepphaille, que vous aviez battus en deux sets en poules. Ça donne une indication sur vos valeurs respectives ?

Je n’ai pas vu la demie, mais je ne crois pas que ce soit une bonne référence. Nous, on les a battus 15/12 15/12 à la ZUP, mais avant sa demie, Patxi n’avait pas pu jouer pendant quinze jours. Il s’était fait une contusion à l’astragale et il avait mal. Donc il a eu un peu de mal à commencer mais une fois qu’il était chaud, ça allait mieux. Cela n’enlève rien, par contre, à la valeur de l’équipe d’Oloron.

Au vu du contexte, notamment de ton départ en retraite, est-ce que tu t’attends à des cadeaux de la part de Peyo et Patxi ?

Ah non, surtout pas ! J’ai eu Patxi au téléphone et, en plaisantant, je lui ai dit : « J’espère que tu vas me laisser gagner quand même ! ». Mais c’était une plaisanterie. Moi je ne veux aucun cadeau. Il doit peut-être se dire que ce serait joli que je finisse sur une victoire, mais moi, je préfère perdre avec lui une partie qu’il joue à fond plutôt que de gagner en sachant qu’il a joué petit bras.

Il y a une phrase de Nelson Mandela que j’aime beaucoup. Il disait « Je gagne tout le temps. Je ne perds jamais. Parce que quand je perds, j’apprends ». En plus, j’adore vraiment Patxi. J’ai vécu une de mes plus grandes émotions de pelotari avec lui. On avait gagné l’Open de Paris 2011 ensemble en filet direct contre Mosca Torres et Jorge Villegas. C’est vraiment un grand souvenir pour moi.

Et quelles vont être les clés de cette finale ? Tactiquement, vous êtes en place ?

Tu sais, ça fait quatre ans qu’on y pense ! Il faut qu’on prenne plus de risque. Si on joue trop à droite, dans la filière de Patxi, on n’y arrivera pas. Donc on va essayer de jouer davantage à gauche. Si on reste à droite, Patxi va faire monter des pelotes. J’arrive à en défendre beaucoup, mais ce n’est pas comme ça qu’on va y arriver. Il faut qu’on arrive à jouer entre les deux, mais c’est difficile.

les quatre finalistes
Patxi et Peyo s’étaient imposés en 2014 à la Cavalerie

 

C’est aussi la dernière partie du COB. Comment ça se fait ?

Oui, le club s’effiloche depuis quelques années. On avait une bonne équipe 2 avec Petrissans mais il a mal au dos. On a perdu notre président et puis le club commençait à en avoir un peu assez de la section pelote, qui ne ramène pas beaucoup d’argent. Donc il n’y aura plus de section pelote l’an prochain. L’an prochain, Denis va jouer avec Stéphane Suzanne pour la Luzean. Ça fera une belle paire que vous risquez de retrouver à Paris en finale !

T’as donc joué pendant toute ta carrière pour le COB ?

Oui, j’y joue depuis que j’ai 7 ou 8 ans. Je faisais à la fois du foot et de la pelote. Au foot, j’ai joué contre les Liza et Deschamps ! Je jouais beaucoup à la pelote avec mon père, qui sera à la Cavalerie pour la finale. À un moment, j’ai dû choisir entre foot et pelote. Vers 12-13 ans, j’ai commencé à jouer avec Marco Lassalle. Et puis à 16 ans, en 84, j’ai été appelé en équipe de France espoirs pour jouer les championnats du monde en Uruguay. Ensuite, il y a eu les championnats du monde Espoirs 88, à Paris, où on fait médaille d’argent. J’avais d’ailleurs joué une partie à la Cavalerie, contre Cuba ! J’ai eu une longue carrière internationale, puisque je n’ai arrêté qu’en 2012.

Y a-t-il un risque que tu fasses comme Yon Hernandorena, qui avait repris le championnat après dix ans d’arrêt il y a quelques années ?

Non non, aucun risque ! Je vais avoir 50 ans l’an prochain, ça suffit. J’ai déjà arrêté la pala ancha il y a quelques années, parce que ça faisait trop… Et puis ça gueule un peu à la maison ! (rires !) J’ai continué ces dernières années, parce que je joue avec Denis. Sans lui, je ne serais pas à Paris cette année. Après Patxi, c’est vraiment le meilleur arrière aujourd’hui.

Pour les jeunes qui nous lisent, quel est ton secret pour avoir une telle longévité au sommet de la baline ?

Il n’y a pas vraiment de secret, c’est juste la passion de la pelote. Je l’ai dans la peau. Il y a un truc que je conseille à tous les jeunes. Il faut aller taper tout seul chaque fois qu’ils peuvent, travailler la gauche, chercher de nouveaux coups, de nouveaux effets, tout seul dans le trinquet. J’adore écouter l’impact de la pelote sur la pala, sur le fronton. Et puis moi, tu sais, j’adore faire mon sac. Quand je fais mon sac, je sais que je vais aller taper, donc c’est un moment privilégié. Il y a aussi l’ambiance, évidemment. Et les copains, boire une bière, rigoler, chanter. Je suis dans la pelote depuis tout petit, tu sais…

Ce qui est important aussi, c’est de savoir écouter son corps, ne pas faire n’importe quoi. À 27 ans, j’en faisais trop. Du coup, j’ai eu une hernie discale en 94. Après, j’ai dû m’astreindre pendant de longs mois à une discipline très stricte, à base d’étirements, etc. Derrière, j’ai gagné directement le championnat de France…

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Patrick place une frappe sous le regard de Peyo

Quels sont tes trois meilleurs souvenirs de ces trente et quelques années de pelote ?

Le meilleur souvenir, c’est clairement les Jeux Olympiques de Barcelone, en 92. La pelote y était en tant que discipline de démonstration. J’ai plein de photos à la maison. On croisait la Dream Team dans le Village Olympique. Le matin, on allait faire un petit footing et on croisait Carl Lewis, Drew Mitchell… Je me souviens que j’avais croisé le regard de Carl Lewis. Et puis il y avait eu la cérémonie d’ouverture, avec Magic Johnson, Scottie Pippen… Et on avait quand même pris la médaille d’argent, après une défaite en finale contre les frères Ross.

Ensuite, il y a ma première médaille, aux championnats du monde Espoirs de 88 à Paris. Je me souviens du match contre l’Uruguay, en particulier. On est menés 9-1 et on gagne 30-27 !

Et enfin, je pense à mon premier titre, en 93 avec mon frère Hervé, contre Amestoy/Olasagasti, qui était une paire très forte. On avait gagné 30-14 à Blagnac.

 

Le palmarès de Patrick Lissar en baline

7 participations aux championnats du monde Seniors, 3 médailles d’argent et 2 de bronze

5 participations aux coupes du monde, 5 médailles d’argent

10 titres de champion de France de baline, dont un en mur à gauche : 3 avec Marc Lassalle en 1989, 90 et 91 ; 3 avec son frère Hervé Lissar en 1993 et 96 ; 4 avec Denis Bidegain en 2005, 06, 07 et 11

11 fois finaliste en championnat de France de baline

1 finale de championnat de France de baline en 2e série, en 1985 avec Marc Lassalle (contre Laffitte-Saint-Sébastien)

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